La partition du Québec
Diane Francis Rédactrice en chef du Financial Post (traduction)
Le Devoir 2 février 1996
J'appuie la partition du Québec si Lucien Bouchard et les séparatistes purs et durs persistent à vouloir saboter notre pays et ses procédés politiques. Il est peut-être temps d'admettre que Bouchard et ses acolytes sont l'équivalent canadien des Palestiniens - un groupe ethnique ayant quelques membres qui n'arrêteront pour aucune considération avant d'avoir leur propre patrie.
Si Bouchard ne recule pas pour se comporter en bon citoyen, donnons-leur une Cisjordanie, mais pas Montréal ou d'autres vastes portions qui veulent demeurer partie du Canada.
La partition, si elle est faite convenablement, pourrait s'avérer bénéfique. Elle donnerait une patrie aux francophones ethnocentriques qui veulent une patrie racialement pure basée sur des valeurs socialistes. Pour d'autres francophones et nous, elle débarrasserait le Canada de fauteurs de troubles qui n'apprécient pas le Canada ou sa citoyenneté et qui se foutent de la primauté du droit et des droits des minorités.
Pour ceux qui pensent autrement, souvenez-vous que l'ex-premier ministre Jacques Parizeau du Parti québécois a blâmé le "vote ethnique" et "l'argent" pour la mince défaite du OUI le soir du référendum. En plus de nous distancer de telles attitudes offensantes, les Canadiens en bénéficieraient aussi parce qu'une partition arrêterait la flagornerie politique envers le Québec et le ressentiment concomitant ailleurs au Canada.
Elle libérerait l'ordre du jour national pour des problèmes plus importants, tels que la compétitivité économique, le règlement de la crise de la dette et la perpétuation d'une société basée sur la tolérance ethnique, la démocratie et la primauté du droit.
Il est aussi temps pour les Canadiens de se demander si le mouvement séparatiste est trop grand pour être ignoré. Lors d'une récente rencontre sociale, un ministre tchèque m'a demandé quel pourcentage d'appui ont vraiment les séparatistes pour l'indépendance totale. J'ai estimé que l'appui inconditionnel serait plus près de 25 à 30%, que les 49,4% du vote référendaire. "Mais 25 % est trop élevé comme masse critique, dit-il; en Slovaquie, nous estimions qu'un chiffre dépassant 15% présentait un problème insurmontable."
Comme nous le savons, les Tchèques et les Slovaques ont entrepris un "divorce de velours" sans violence en divisant le pays, tout simplement. Les gens avaient le choix du pays qu'ils voulaient habiter et de la citoyenneté qu'ils voulaient avoir. Il n'y a pas de mal à divorcer à condition que ça soit aussi équitable que possible pour les deux côtés. Mais pendant des années, les séparatistes ont astucieusement fait croire aux médias, au public et aux politiciens que l'entière province de Québec leur appartenait. Cela n'est tout simplement pas le cas.
Une partie découpée (à être appelée "Nouveau Québec" ou "Laurentia") a déjà pris forme. Le château fort séparatiste est une région en forme de saucisse consistant surtout dans des fermes entre l'est de Montréal jusqu'à la ville de Québec. Il n'inclut pas Montréal (qui a voté NON à 64%). Il n'inclut pas les deux tiers supérieurs de la province ( terre des autochtones où les Inuits et les Cris ont voté massivement pour le NON dans leurs propres référendums). Il n'inclut pas l'Outaouais, les Cantons de l'Est ou les terres au sud de Montréal jusqu'à la frontière américaine.
Quant à la définition de la superficie potentiellement découpée, seuls les scrutins - non le magouillage des politiciens - devraient être déterminants . Une approche serait de tenir un plébiscite chez les Québécois avec une simple question. Par exemple: "Voulez-vous conserver votre citoyenneté canadienne?" Oui ou non. Alternativement: "Voulez-vous que le Québec devienne un pays indépendant et que vous y preniez une nouvelle citoyenneté?"
Les régions définissables où des majorités veulent conserver leur citoyenneté canadienne ne devraient jamais être sacrifiées . A l'inverse, les régions devraient se joindre là où il y a un NON majoritaire et négocier leur départ. Si ces régions ne sont pas contigües, c'est le problème des séparatistes.
Si les négociations réussissent, alors ceux voulant habiter le Nouveau Québec pourront y déménager et ceux habitant le Nouveau Québec voulant demeurer canadiens pourront quitter. Un dédommagement dans les deux directions pourrait être requis de la part des gouvernements.
D'autres conditions seraient posées. Un pont terrestre entre Maritimes et le reste du Canada ne serait pas négociable, ni un partage approprié de la dette nationale. Si, par exemple, le Nouveau Québec finissait par avoir deux millions de citoyens, il hériterait de deux trentièmes de la dette fédérale.
Les critiques d'une partition soutiennent qu'elle serait un aveu d'échec et que la véritable solution pour les fédéralistes et les séparatistes est d'apprendre à vivre ensemble. C'est comme si l'on disait que la véritable solution en Irlande du Nord pour les deux factions est de vivre ensemble heureusement.
L'harmonie n'est pas le but de Bouchard. Lui et ses acolytes ne veulent ni faire partie du Canada, ni même considérer d'autres offres alléchantes pour les garder dans la Confédération. Et pourtant, les libéraux et les conservateurs n'ont pas de nouvelle approche. Le Reform Party a incité intelligemment les Québécois à demeurer au Canada mais a adopté l'idée d'une partition si toute tentative échoue.
Et les gens ordinaires sont en train prendre l'affaire en main par des rassemblements et la création de nouvelles organisations.
Cela est nécessaire pour contourner les politiques traditionnelles qui nous ont menés là où nous sommes maintenant: un résultat référendaire du 30 octobre tellement proche que le monde croit maintenant que la sécession est inévitable. Même si c'est faux, la perception a démoralisé les Canadiens et affecté la réputation de la nation à l'étranger.
Comme les Israéliens, les Canadiens seront peut-être obligés d'admettre que le problème est insoluble parce que nous sommes en face d'un groupement intransigeant ayant des intérêts spéciaux et une masse critique.
De plus, l'existence d'un mouvement grandissant pour la partition rappellera aux partisans conditionnels de Bouchard que les Canadiens, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du Québec, vont négocier serré. Bouchard pourra finir avec rien de plus qu'un pays minuscule en forme de saucisse entouré de très mauvais perdants.

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