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18 octobre 1997
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Au terme de son récent caucus présessionnel - les travaux de l'Assemblée nationale reprennent mardi -, Daniel Johnson confiait qu'il était désormais en «mode préélectoral». Le chef de l'opposition mise sur cette session pour démontrer aux Québécois que les libéraux représentent une «alternative crédible» aux péquistes de Lucien Bouchard. C'est loin d'être sûr.
Les uns après les autres, les récents sondages affichent une érosion de ce qu'on a appelé «l'effet Bouchard». Mais on ne voit pas poindre un quelconque effet Johnson qui prendrait la relève et imposerait l'équipe libérale comme l'inévitable et aveuglante solution de rechange. Au contraire, on a l'impression, même après trois ans de gouverne péquiste, que le leadership de M. Johnson passe mal la rampe populaire et que les libéraux, dans le sillage du mal-aimé successeur de Robert Bourassa, expient encore pour leurs vieux péchés.
Les quatre élections partielles récentes semblent indiquer, au contraire, que les libéraux sont sur la voie victorieuse, ayant remporté trois des quatre sièges en jeu. Mais attention. Ils n'ont fait que conserver des comtés qu'ils détenaient déjà, avec des majorités accrues, certes, mais peu significatives lors de partielles. Ce qui l'est davantage, c'est que le gouvernement, en dépit de l'insatisfaction qu'il suscite, ait retenu son fief de Duplessis.
Il y a pire, pour les libéraux. Même si la cote populaire du premier ministre a chuté sensiblement, celle du PQ parmi les francophones reste fort élevée, ce qui les aurait assurés d'une réélection facile cet automne. Les appuis péquistes sont mieux répartis, tandis que ceux des libéraux restent concentrés dans l'ouest du Québec, ce qui limite leurs éventuels gains électoraux. M. Johnson a beau dire qu'il ne veut pas accentuer les clivages linguistiques, il ne saurait faire fi de la nécessité de gains chez les francophones; pour l'heure, ils continuent de faire preuve de méfiance, de le bouder même. Avec raison.
Alors qu'il dirige les libéraux depuis près de quatre ans, qu'il y met beaucoup d'ardeur et de persévérance, M. Johnson passe toujours mal la rampe, comme s'il était en perpétuel sursis. Un bon nombre de libéraux verraient même à sa place, avec plaisir, le chef conservateur Jean Charest. Si près du rendez-vous électoral, il est trop tard pour changer de chef. Mais gare à lui si M. Johnson perd les générales: comme ceux d'Ottawa, les libéraux québécois se considèrent naturellement destinés au pouvoir et écartent sans ménagement le leader qui les en prive. Claude Ryan l'a éprouvé durement après sa dégelée électorale d'avril 1981. A quoi tient la méfiance envers M. Johnson, presque viscérale, lourde, qui se dresse comme un énorme obstacle sur la route du pouvoir?
A plusieurs raisons, certes. Au fait que le gouvernement n'a pas si mal manoeuvré, après tout, surtout depuis le référendum. Mais aussi, et surtout, au fait que, contrairement à son prédécesseur, plus sensible à l'humeur des Québécois, M. Johnson a peine à se démarquer des grands frères fédéraux. Les Québécois en ont peut-être marre des sempiternelles bagarres avec Ottawa, mais ils veulent encore moins que leur gouvernement se livre, pieds et poings liés, aux diktats d'un autre, quel qu'il soit. C'est malheureusement l'impression que le chef libéral donne, tant dans ses relations avec le gouvernement fédéral qu'avec les autres provinces.
Alors que les attentes suscitées par le référendum sont en bonne part restées dans les limbes, M. Johnson amplifie démesurément les quelques efforts symboliques du gouvernement Chrétien. Et tandis que les Québécois ne se préoccupent plus guère des ratiocinations autour de la coquille de la «société distincte», le chef libéral en remet en contribuant à une inépuisable exégèse qui, d'une province à l'autre, et en passant par la Déclaration de Calgary, va se perdre dans le Pacifique. A vrai dire, bien des Québécois ont renoncé à le suivre dans cette entreprise de sauvetage ou de récupération.
Comme disait le sénateur Jean-Claude Rivest - ex-bras droit de Robert Bourassa -, il faudrait mettre un peu de chair autour de ce squelette exsangue.
Qu'est-ce qui cloche encore chez M. Johnson? Ses critiques et celles de ses députés sur les coupes, compressions et autres virages abrupts depuis trois ans, sont souvent fondées. La sincérité du chef n'est pas mise en doute. Mais on ne saurait oublier non plus que l'ancien président du Conseil du trésor a eu sa large part dans l'opération de charcuterie des services publics. Et que, par ailleurs, si des ajustements essentiels avaient été entrepris en temps utile - il y a dix ans, par exemple, en matière de santé -, ils n'auraient pas les effets excessifs, que les Québécois subissent.
A cet égard, les Québécois font la part des choses et prennent avec un grain de sel les dénonciations virulentes des libéraux. Peut-être ont-ils raison de vitupérer contre les «déficits cachés» par le gouvernement, les pelletant vers les hôpitaux et les municipalités, dans sa quête d'un budget équilibré au tournant du siècle. Cependant, la main sur le coeur, ils ne réussissent pas à faire oublier qu'ils n'ont fait guère mieux en neuf ans, ni à convaincre que leur «plan de match» serait moins indigeste.
Selon le plan libéral, les Québécois seraient de plus en plus désillusionnés envers le gouvernement, surtout les jeunes, les 18-35 ans, qui craignent de ne pas trouver de travail au terme de leurs études. Les attirer dans le filet libéral devrait être facile, mais le désenchantement et le dépit ne font pas des militants très enthousiastes.
Les griefs sont nombreux et bien documentés. Les libéraux tireront à boulets rouges sur le gouvernement comme ils doivent le faire. Ils accuseront aussi M. Bouchard de ne pas avoir de mandat populaire et le presseront d'en appeler au peuple dans les meilleurs délais. Toutefois, là encore, M. Johnson est bien mal placé pour faire la leçon à son successeur. Lui-même, remplaçant M. Bourassa au terme du mandat normal ou coutumier de quatre ans, a gouverné encore pendant huit mois.
Mince espoir pour M. Johnson: un an en politique, disait M. Bourassa, c'est comme une éternité...