Le B'Nai Brith invite Bouchard à s'ouvrir à toutes les minorités

Le groupe juif de lutte contre le racisme suggère de dédier
à Itzhak Rabin la station de métro Lionel-Groulx

François Berger

La Presse 15 mars 1996




Un groupe juif de lutte contre le racisme a exhorté hier le premier ministre québécois Lucien Bouchard à intensifier efforts au sein de son propre parti pour contrer les attitudes antisémites et l'intolérance interethnique.

En se montrant rassurant pour la communauté anglophone, dans son discours au théâtre Centaur lundi soir, M. Bouchard «a fait un pas la bonne direction», mais il doit aussi s'ouvrir à l'ensemble des minorités, a déclaré hier Robert Libman, directeur général au Québec de la Ligue des droits de la personne B'Nai Brith.

Cet organisme invite M. Bouchard à lancer un débat au sein du Parti québécois sur l'intolérance et le racisme. Dans son rapport annuel sur les incidents antisémites au Canada, le groupe reproche aux nationalistes québécois des propos tenus par Pierre Bourgault, Jacques Parizeau et Bernard Landry après la défaite de l'option souverainiste le 30 octobre dernier.

Ces propos d'hommes politiques et la possibilité d'un nouveau référendum ont créé un «climat de morosité et quasiment de peur » parmi la communauté juive, où on envisage même «un autre exode du Québec, comme dans les années 1970», dit la version originale anglaise du rapport annuel du B'Nai Brith. Ce paragraphe, le plus dur du rapport sur le Québec, était absent de la version française remise hier à Montréal aux médias.

Le vice-président de B'Nai Brith pour le Canada, Stephen Scheinberg, a pour sa part suggéré que la station de métro Lionel-Groulx, soit rebaptisée du nom d'Itzhak Rabin. M. Scheinberg a dit avoir choisi cette station de métro parce que le chanoine Groulx était «antisémite».

Selon lui, les Juifs du Québec se sont «particulièrement sentis attaqués» à la suite des propos de Jacques Parizeau le soir du référendum. Depuis, il y a eu une recrudescence du harcèlement contre les Juifs, a dit M. Libman en exhibant un passage d'une lettre expédiée au Centre communautaire juif le 6 novembre. Le signataire y déclarait: «Si Hitler avait fait son travail jusqu'au bout, nous aurions gagné le référendum.» Mais M. Libman a admis qu'aucune menace n'a été signalée à B'Nai Brith «depuis six semaines».