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Le discours du PQ n'a rien de raciste, conclut un politologueAndré PRATTELa Presse 13 juillet 1997
Dans le cadre de ses études de maîtrise à l'université McGill, Éric Desrosiers a analysé toutes les déclarations faites par les dirigeants et militants du PQ et rapportées par les journaux entre 1981 et 1990. « Il ressort rapidement de cette analyse, dit-il, que le discours du PQ ne mérite non seulement pas qu'on lui accole l'odieuse étiquette, mais au contraire qu'on le qualifie de remarquablement ouvert et favorable aux communautés minoritaires.» Certes, à l'égard des anglophones, les porte-parole péquistes sont parfois durs, accusant les leaders de cette communauté de mauvaise foi, voire les qualifiant eux-mêmes de racistes ou d'« orangistes ». Mais critiquer un groupe, ce n'est pas faire preuve de racisme. «C'est une accusation qu'on sert à toutes les sauces, qu'il est facile de lancer, mais dont il est difficile de se défendre », souligne l'étudiant. Le racisme, rappelle Éric Desrosiers, comporte trois composantes : 1 ) l'affirmation de différences permanentes entre des groupes d'individus; 2 ) l'idée que son groupe est supérieur aux autres ; 3 ) la perception que les autres représentent une menace. «Il y a une lutte politique entre le PQ et les anglophones, mais ce n'est pas une lutte raciste, soutient Desrosiers. Le projet du PQ est ouvert à tous, et il reconnaît même une place particulière à la communauté anglophone. » Il rappelle cette phrase de Jacques Parizeau : « Les anglophones sont aussi québécois que les soi-disant Québécois de souche, dit Jacques Parizeau en 1990. Ils sont nous. » Les communautés culturelles et les immigrants sont, quant à eux, présentés de façon «nettement positive» dans le discours péquiste, selon les recherches de Desrosiers. Bien qu'on s'inquiète de la tendance des immigrants à s'intégrer au groupe anglophone, l'immigration est le plus souvent perçue comme un apport économique, démographique et culturel essentiel à l'avenir du Québec. De belles paroles ? Mais ça, ce sont des discours. Ces belles paroles ne cachent-elles pas, dans le fond, une xénophobie répandue ? « Je ne peux pas aller les espionner chez eux pour savoir ce qu'ils pensent, répond le chercheur. S'ils sont racistes en dedans d'eux, c'est leur problème. Ce qui compte, c'est leur action politique et leur discours. » Et les « votes ethniques » de Jacques Parizeau, le soir du référendum ? «C'était un propos atypique dans le discours général du PQ, et même dans le discours de Parizeau. » La thèse de Desrosiers a apparemment été bien accueillie par les politologues présents à sa présentation. C'était le cas de Bob Keaton, professeur à l'université Concordia et président d'Alliance Québec de 1989 à 1993. «La politique du Parti québécois, au pouvoir, n'est pas du tout raciste, a soutenu M. Keaton au cours d'une interview à La Presse. On peut dire que c'est «linguistique » : ce n'est pas axé sur la race ou sur un groupe ethnique. Tout ce qu'il faut faire pour être accepté par les nationalistes, c'est parler la langue commune. C'est la même chose aux États-Unis ! »
Le professeur François Rocher, de l'université Carleton, se dit lui aussi d'accord avec la conclusion d'Éric Desrosiers, mais il a souligné certaines faiblesses méthodologiques, en particulier l'imprécision de sa définition du racisme: «Il y a trois critères, mais faut-il satisfaire aux trois critères pour être taxé de raciste, ou seulement à un ou deux? Si c'est les trois, c'est une définition très restrictive. Ce n'est pas comme être enceinte, on peut être plus ou moins raciste. »
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