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Les francophones sont les plus ethnocentriques des Canadiens, concluent deux chercheurs ontariensAndré PRATTELa Presse 25 janvier 1997
"Nous ne sommes pas d'accord avec Mordecai Richler quand il prétend que les Québécois francophones sont une bande de racistes, s'empresse de préciser un des chercheurs, le professeur John Berry. Mais nos données montrent qu'il y a une tendance, que les francophones tendent à être moins ouverts, à accepter moins facilement le pluralisme. " M. Berry et son collègue Rudolf Kalin, tous deux professeurs de psychologie à Queen's, s'affairent depuis quelques années à décortiquer les données d'un vaste sondage mené en 1991 auprès de 3325 Canadiens. Dans leur texte le plus récent (1), ils comparent le degré d'ethnocentrisme de neuf groupes ethniques ou culturels. L'ethnocentrisme est ici mesuré à l'aide d'une question portant sur le "sentiment d'être à l'aise" en présence de personnes issues de différentes communautés. Les répondants de toutes les origines se disent plus à leur aise avec les membres de leur propre communauté qu'avec ceux des autres groupes. Mais c'est chez les francophones de l'échantillon - dont les trois quarts sont Québécois - que la différence entre les degrés d'aise est la plus grande (0,70). Ils sont suivis de très près par les Canadiens d'origine juive (0,67) et ceux d'origine ukrainienne (0,62). Au bas de cette échelle de l'ethnocentrisme on trouve les Autochtones (0,47), les Chinois (0,50) et les Canadiens d'origine britannique (0,53). Ethnocentrisme ou préférence "L'ethnocentrisme est universel, commente le professeur Berry. Mais il varie d'un groupe à l'autre. Il est plus élevé au sein des groupes qui se sentent menacés culturellement, comme les Afrikaners en Afrique du Sud ou les Flamands en Belgique." Mais qu'est-ce que l'ethnocentrisme ? C'est "la tendance à percevoir son propre groupe plus favorablement que les autres, et à percevoir les autres groupes comme inférieurs", écrivent les chercheurs. "La signification de ce terme peut varier, allant d'une préférence relativement inoffensive pour son propre groupe (sans hostilité l'endroit des autres groupes) jusqu'à la haine et à des gestes hostiles à l'endroit des autres communautés." A l'intérieur de ce spectre, où se situe l'ethnocentrisme canadien-français selon MM. Kalin et Berry ? "Nous mesurons ici un ethnocentrisme relatif, répond le professeur Berry. Nous ne pouvons pas dire quand ce genre de phénomène est susceptible de causer un problème social." Spécialiste québécois de la question, familier avec les travaux des deux chercheurs de Queen's, le professeur Richard Bourhis estime que le degré d'aise qu'ils ont mesuré illustre davantage une "préférence pro-endogroupe" qu'un ethnocentrisme. "La préférence pro-endogroupe, c'est dire "Mon groupe est meilleur", sans dénigrer les autres", explique le titulaire de la chaire Concordia-UQAM en études ethniques. L'ethnocentrisme est plus grave, parce que c'est aussi dénigrer les autres groupes. On peut se sentir mai à l'aise avec les gens d'un groupe sans pour autant entretenir de préjugés à leur endroit." Le professeur Bourhis fait aussi remarquer que les variations mesurées par les auteurs de la recherche s'inscrivent sur un fond d'attitudes très positives. C'est-à-dire que tous les Canadiens, y compris les francophones, font preuve d'une grande tolérance à l'égard de la diversité culturelle. Autres enquêtes Cela dit, M. Bourhis n'est pas étonné des résultats obtenus par ses collègues ontariens : "Les recherches québécoises ont aussi conclu qu'il y avait ici une préférence pro-endogroupe. Je suis assez d'accord avec l'interprétation de Kalin et Berry, c'est-à-dire que c'est le résultat de la menace culturelle ressentie par les francophones." La plus récente enquête québécoise sur la question a été publiée en octobre dernier par le ministère des Relations avec les citoyens. Ce sondage indique que si peu de citoyens québécois entretiennent des préjugés à l'égard des minorités, les Québécois francophones ont généralement une opinion moins positive des communautés ethniques que les Québécois de langue anglaise. ___________________
( 1 ) Kalin, R. & Berry J. W. "Interethnic Attitudes in Canada : Ethnocentrism, Consensuel Hierarchy and Reciprocity", Canadian Journal of Behavioural Science, octobre 1996.
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