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Impossible Canada, impossibles provinces Une politique de bon sens pour le peuple québécoisLa réalité actuelle et les principes incontournables d'éthique et de respect mutuel prescrivent l'adoption d'une voie médiane et l'affirmation de notre droit au statut de peuple
LeDevoir 23 mai 98 L'auteur signe ici le dernier article d'une série commencée en octobre 1997 et plaidant en faveur d'une libération du peuple québécois, tenu en otage selon lui par l'extrémisme qui a cours dans les partis fédéralistes et au PQ idéologique. Il propose une nouvelle plate-forme électorale du juste milieu, fondée sur un statut particulier pour le peuple québécois, dans l'intérêt du Canada comme du Québec. ![]() Lucien Bouchard, premier ministre du Québec, Jean Chrétien, premier ministre du Canada, et Phil Fontaine, chef de l'Assemblée des Premières Nations du Canada. La négociation entre les trois peuples qui constituent historiquement et en droits la réalité canadienne est aussi indispensable que piégée. Avec la concentration toute-puissante des forces fédéraliste et canadienne autour de Jean Charest, et malgré la baisse de popularité récente du nouveau chef du PLQ, la dernière heure sonnera peut-être pour le Parti québécois qui, tout en gardant vivante l'idée de la souveraineté du Québec, l'aura affaiblie par ses stratégies, son manque de transparence et l'asservissement à l'idéologisme indépendantiste. Et nous voici de toute manière en plein miracle: le Québec fait apparaître Jean-Baptiste après le messianique Lucien Bouchard! Mais la réalité politique actuelle et, donc, le réalisme politique pour la respecter commandent le bon sens. Et n'est-ce pas le parti qui proposera une voie médiane de bon sens qui aura la faveur de l'électorat québécois à la prochaine élection? Le 30 octobre 1995, c'est surtout grâce au remplacement, par Bouchard, de la «souveraineté-indépendance» de Parizeau par la «souveraineté-partenariat» que nous avons presque gagné le référendum. Depuis, le Québec s'est comporté en vaincu, laissant le fédéral et les Canadiens agir en vainqueurs. Et en bon peuple dominé par la peur et par une crise profonde d'identité, liée pour une grande partie de la population à nos origines catholiques, nous subissons humiliations, affronts - le pire étant l'entêtement à ne pas nous reconnaître comme peuple - et toutes les déformations de l'intelligence partisane. C'est le cas de la «primauté du droit» interprétée seulement au sens juridique et légal: sur les plans de la morale et de la justice, cette déformation doit être soumise à la «primauté des droits humains». Redisons-le, ce n'est pas «le droit» qui contient les droits humains des collectivités et des individus, mais l'inverse. La Cour suprême elle-même, dans ce contexte, trahit la supériorité des chartes sur le régime juridique de droit et fait preuve d'une mauvaise foi évidente quant à la connaissance du domaine des droits humains. C'est le cas de la Déclaration de Calgary, qui repose sur l'égalité de nivellement des provinces plutôt que sur l'égalité des différences et nous considère comme «uniques» à partir de l'interprétation qu'en donnerait la Cour suprême... Tout individu et toute société sont «uniques» ou «distincts». Seule la désignation du Québec comme «peuple distinct» est acceptable. C'est le cas aussi de l'interprétation de la clause «nonobstant» des chartes, vue, hélas, à Québec et à Ottawa, comme limite à l'exercice moral des droits des provinces, alors qu'elle en est au contraire la clause essentielle d'ouverture aux droits pour les personnes, les provinces et les peuples. C'est le cas de l'idéologie des deux peuples fondateurs par rapport aux autochtones, que nous continuons à nier comme peuples distincts malgré l'extraordinaire rapport Dussault-Erasmus. Et c'est encore le cas de la négociation, aussi indispensable que piégée, entre les trois peuples qui constituent historiquement et en droits la réalité canadienne. Car les maîtres négociateurs vous diront tous alors que dans une négociation, il faut d'abord pouvoir arracher aux extrémistes des concessions et que, devant le problème Québec-Canada-autochtones, cela s'avère quasi impossible actuellement. Enfin, dans notre insécurité et sous la gouverne de nos idéologues manichéens, à l'image des anciens clercs, nous avons fabriqué le mythe du «méchant Canada» et de la «bonne victime Québec»,. Bien sûr, le Canada et les fédéralistes purs et durs (les pires provenant du Québec, comme Laurier, Trudeau et d'autres...) ont trop souvent agi en dominateurs et en coloniaux, mais nous n'en sommes pas pour autant des porteurs d'eau, des conscrits, des déportés acadiens, des dominés palestiniens, non plus que des impuissants politiques et économiques. Tous les pouvoirs que nous nous sommes donnés depuis la Révolution tranquille, notamment sous les régimes de Jean Lesage et de René Lévesque et Robert Bourassa, dans leurs premiers mandats, démontrent le contraire. Alors que la chute de la population québécoise francophone, surtout à Montréal et par notre mépris de la famille et du couple, est à la veille de nous enlever même le pouvoir du nombre, il faut choisir la voie médiane du bon sens et de l'éthique, pour que le peuple québécois assure son «autonomie» de développement global, dans «l'interdépendance» avec les deux autres peuples du Canada et avec les régions qu'ils ont façonnées et qui sont appelées à remplacer à brève échéance les impossibles provinces. Voyons maintenant les éléments d'une plate-forme politique qui pourrait aller chercher le bon sens du peuple québécois à la prochaine élection et qui pourrait être accompagnée d'un référendum enfin clair, lié à cette plate-forme. Un référendum tenu en même temps que la prochaine élection ne serait pas coûteux et, s'il ne cachait pas un risque de séparation d'avec le Canada, beaucoup plus de Québécois fédéralistes et de citoyens de toutes origines ethniques et culturelles diraient oui au peuple dont ils font partie à part entière. Une plate-forme politique gagnante pour le peuple québécois1. L'affirmation par référendum, avec la prochaine élection, de notre droit au statut de peuple, devant les autres Canadiens et devant la communauté internationale. Affirmation accompagnée d'une proposition de «statut particulier» pour le Québec, dans un Canada de la réalité et de l'histoire: à trois peuples.Les autres éléments qui suivent pourraient déterminer la proposition de statut particulier. 2. Le rejet du statut de province pour celui de région, dans un Canada qui, de toute façon, évolue vers une fédération de régions (Ontario, Québec, Est, Ouest et Territoires). 3. Le retour à la dynamique de la Révolution tranquille par un programme de priorités du développement du Québec à l'aube de l'an 2000, dans les secteurs clés - économie, emploi et main-d'oeuvre, éducation, technologie, santé et sécurité sociale pouvant comporter notamment le fameux revenu minimum garanti, langue, culture et immigration, famille renouvelée, politique de Montréal et du développement régional. (Les bourses du millénaire auraient pu être une initiative du Québec!) Bien sûr, ce programme devrait inclure tous les secteurs d'autonomie québécoise déjà conquis et faire en sorte que nous ayons la maîtrise complète de la langue française et d'autres champs indispensables à réviser. 4. Inséparable du, point 3, la publication d'une liste franche par le Québec sur les pouvoirs qui sont les nôtres et sur les entraves fédéraliste et canadienne actuelles. Concrètement, cela signifie que les peuples du Canada doivent savoir ce que le Québec peut faire par lui-même, d'une part, et ce que le Québec ne peut pas faire à cause des entraves fédéraliste et canadienne, d'autre part. 5. La préparation «d'accords de réciprocité», ou leur équivalent, pour harmoniser les droits des minorités francophones hors Québec avec ceux de la minorité anglophone au Québec. (Il est temps que nous cessions d'ignorer les minorités francophones hors Québec, comme nous l'avons fait avec les autochtones!) 6. La clarification, une fois pour toutes, de ce qu'est le droit à l'autodétermination du Québec dans le cadre de la réalité canadienne et d'une éthique des relations Québec-Canada:
Le tout pour réflexion, ouverture affective et intellectuelle, débats de bon sens, aux fins des intérêts supérieurs du Québec et du Canada, et pour sortir notamment de l'insécurité et du chantage économique liés à la problématique question constitutionnelle. |