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Les droits linguistiques des francophones
Le MSQ dépose un mémoire à Paris
Pierre O'Neill
LeDevoir 20 décembre 1998
Alléguant que les francophones du Canada et du Québec sont victimes de racisme et que la liberté d'expression des souverainistes est violée, le Mouvement souverainiste du Québec demande à la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme de faire enquête.
Dans un mémoire qui sera déposé lundi à Paris, le vice-président du MSQ, Gilles Rhéaume, s'efforce d'abord de démontrer que l'histoire des francophones du Canada est celle de leur résistance à l'assimilation programmée par les provinces anglaises, ce qu'il décrit comme un «génocide linguistico-culturel».
Dans un deuxième temps, M. Rhéaume s'applique à mettre en lumière le fait que les souverainistes sont pourchassés à cause de leurs convictions philosophiques et politiques. «La pression sociale atteint des sommets dans l'intolérance et l'exclusion. Et cela est contraire aux droits de l'homme que nous désignons, au Québec: droits et libertés de la personne. Au Canada, cette liberté est non seulement menacée, elle est violée systématiquement par les éléments les plus réactionnaires du Canada anglais.»
C'est un membre du conseil général du MSQ, François Gosselin, qui se présentera lundi au siège social de la fédération internationale avec mission de soumettre officiellement le texte de ce réquisitoire, qui s'articule autour de deux questions: 1- au Canada, est-il normal que les souverainistes québécois soient constamment méprisés publiquement à cause de leurs opinions politiques? 2 - les droits de l'homme protègent-ils les partisans de l'indépendance de leur peuple et les défenseurs de la langue française en Amérique?
Dans ce mémoire, Gilles Rhéaume appuie sa théorie sur l'articulation d'une série de cas, d'événements, de déclarations et d'exemples qui ont marqué la vie politique canadienne des dernières années et dont voici les plus significatifs.
Au Canada, les francophones ne peuvent complètement l'être qu'au Québec seulement. Le français au travail dans les provinces anglaises appartient au monde onirique. L'éducation en langue française n'a de sens qu'au Québec. Au Canada anglais, la situation des minorités françaises est d'une tristesse infinie tellement l'assimilation a fait des ravages irrémédiables.
Les droits des anglophones du Québec dépassent largement toutes les exigences internationales adoptées par les instances concernées.
Dans les mois qui ont précédé le référendum de 1995, l'attribution de la citoyenneté canadienne ressemblait au baptême de Clovis, où tous les derniers arrivés en terre québécoise recevaient sans vérification avec la loi, le droit de voter et le devoir de défendre le Canada. Des milliers de faux certificats de citoyenneté ont ainsi été distribués.
Lors des dernières élections fédérales, le chef de l'opposition officielle à Ottawa, Preston Manning, a fait campagne en faveur de l'exclusion des Québécois du gouvernement canadien.
Il faudrait plusieurs volumes pour regrouper les textes anti-Québec et antisouverainistes publiés dans les journaux du Canada anglais, sans compter tout ce qui a été dit à la radio et à la télévision canadienne.
Sur Internet, la réalité dépasse la fiction tellement les immondices antifrançaises et antisouverainistes en sont la trame constante et hideuse.
Au cours d'une séance de la Chambre des communes, le ministre fédéral Doug Young a reproché au député souverainiste bloquiste Osvaldo Nunez son origine étrangère parce que, victime de la répression de Pinochet, il avait choisi le Québec et sa cause. «C'est un mauvais immigrant.»
Le premier ministre de l'Ontario, Mike Harris, a publiquement appuyé la campagne raciste des anglophones de sa province contre la nomination de David Levine, un présumé souverainiste, à la direction d'un grand hôpital d'Ottawa.
L'écrivain Mordecai Richler a comparé les mères des francophones à des «truies».
A la présidence d'Alliance Québec, un groupe de pression anglophone, Bill Johnson a pris des positions tellement extrémistes que, pendant la dernière campagne électorale québécoise, les libéraux fédéraux, qui lui versent pourtant un million de dollars par année, ont dû le cacher pour ne pas nuire à leur campagne.
Howard Galganov, un activiste anglophone devenu animateur à la radio anglaise de Montréal, a qualifié les souverainistes de «bâtards».
Don Cherry, un commentateur des joutes de hockey au réseau anglais de Radio-Canada, tient constamment des propos diffamants contre les francophones ainsi qu'à l'endroit des joueurs de hockey européens.
En guise de conclusion, Gilles Rhéaume écrit: «La liberté d'opinion est une colonne de la démocratie moderne. [...] Au Canada, cette liberté est non seulement menacée, elle est violée systématiquement par les éléments les plus réactionnaires du Canada anglais lorsqu'il s'agit du droit naturel des souverainistes d'être ce qu'ils sont.»

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