Lettre ouverte d'un Pakistano-Britannico-Canadien à un ami nationaliste-européo-Québécois

(Traduit par une amie) Publié dans Conjonctures, # 25, 1997 (Montréal)


´Je vis au Québec depuis 1979 mais je ne suis pas Québécois. Je ne le serai jamais. Je refuse le provincialisme.ª



Le texte qui suit répond à un article de Thierry Hentsch intitulé "Ad référendum" paru dans Conjonctures, numéro 24. Nous le publions non seulement parce que nous estimons que la discussion doit avoir lieu et que les revues sont faites pour cela, mais aussi parce que nous pensons que, sur la question nationale, les deux camps vivent en vase clos, sur deux positions tranchées et retranchées. Deux solitudes, disait-on? Non, au moins trois ou quatre. Quelques-uns des propos de Julian Samuel surprendront quelques-uns de nos lecteurs, ils reflètent pourtant l'état d'esprit de certains et il nous paraît important de les entendre. (Note de présentation de "Conjonctures")



Très cher Dr Hentsch,

J'implore les pères de la confédération, Lionel Groulx et les héros de 1837 pour que mon passe-temps qui consiste à piquer la susceptibilité des « nationalistes » québécois ne nuise pas à notre amitié. Vous le savez déjà, c'est une manie qui comporte certains risques. Mais que puis-je faire d'autre, Dr Hentsch, pour me préserver du mortel ennui qui me guette, autrement, dans ces quelques arpents de neige?

Je ne considère pas le PQ-BQ comme un mouvement « nationaliste » : les gens qui s'en réclament sont, à mon avis, des provincialistes. Je crois que le terme « nationaliste » est trop lourd de sens pour être accolé à un mouvement essentiellement provincial au sein d'un État-nation préexistant, ancré aussi solidement dans la géographie que, disons, la France, le Pakistan (à quelques incidents frontaliers près, dans le Cachemire), la Chine (si l'on excepte la question du Tibet), le Royaume-Uni (si l'on oublie le problème irlandais) et l'Égypte. Voici donc une entité géopolitique bien en place.

On pourrait difficilement comparer le mouvement nationaliste « Quit India » qui a vu le jour en opposition au Raj avec la danse folklorique mise en scène par le PQ-BQ en vue de l'indépendance, pas vrai?

Pouvez-vous dès maintenant mesurer la tension herméneutique qui s'installe? Splendide, qu'en dites-vous?

De nombreuses amitiés ont sombré à cause des paradoxes qui se font jour lors de semblables discussions. Mais la nôtre survivra.

Je ne suis pas un fédéraliste grand teint, ni même réellement un fédéraliste, pas plus que vous n'êtes un nationaliste québécois pur et dur. J'éprouve un profond cynisme à l'endroit de tous les nationalismes, y compris le nationalisme canadien. Vous-même et vos collègues me classerez sans doute dans la catégorie des fédéralistes « par défaut ». C'est un honneur d'être ainsi faussement étiqueté par certaines gens.

Je me propose donc de réagir aux opinions que vous avez exprimées sur la période postréférendaire en 1) énumérant certains griefs de la population anglophone que vous avez passés sous silence, 2) rétorquant globalement aux propos de votre article.

LE POINT DE VUE DE LA MINORITÉ ANGLOPHONE

Je suis estomaqué par les inexorables « péchés par omission » de votre article. À tout moment, le nationalisme québécois y est blanchi. Pourquoi donc une approche si rêveusement partisane? Du haut de son nuage, l'abbé Groulx doit afficher un sourire béat. Était-il à ce point farfelu, voire impensable de citer dans votre article les propos corrosifs tenus par certains membres des partis que vous semblez appuyer sans hésitation? Ce qui suit constitue une liste incomplète d'énoncés attribuables à nos provincialistes. Je présume, peut-être à tort, que les lecteurs de Conjonctures puisent leur sources en partie dans Le Devoir, un quotidien qui n'apprécie guère la dynamique sous-tendue par un débat « pluraliste », sauf en de rares occasions (par exemple l'article de Marc Angenot, Démocratie à la québécoise, paru le 13 juin 1996 et une réplique, datée du 26 juin).

Évidemment, vous prétendrez que c'est pire encore dans The Gazette. Peut-être bien. Quoi qu'il en soit, en apparence, l'éventail des points de vue présenté dans The Gazette est plus large que celui qu'offre Le Devoir. L'un comme l'autre échoueraient à un impitoyable examen d'objectivité mené par un Noam Chomsky. Ces publications n'ont pas l'ouverture d'esprit du Guardian ou d'autres journaux nationaux de gauche européens. Mais inutile de s'inquiéter : il n'y a pas de Noam Chomsky québécois. Les journalistes canadiens sont des adeptes de la modération.

DE LA CONFITURE AUX PORCS

1 Les propos écumants d'un Pierre Bourgault : les gens qui voteront contre nous seront en danger. Un « non » des communautés juive, grecque, etc. est un vote raciste. Je sais qu'il a été éjecté pour avoir exprimé ses sentiments angéliques mais nombreux sont les adeptes du PQ qui sont activement guidés par cette psychose.

2 Richard LeHir a prétendu que la contribution des autochtones à la société occidentale était inexistante. C'est l'hôpital qui se fout de la charité.

3 Monique Simard a pour sa part affirmé bêtement qu'il pourrait y avoir une révolte si les francophones perdaient la partie. À mon humble avis, cette femme n'est qu'une « hillbilly » du calibre de « Délivrance ».

4 Notre Imam occulte, Lucien Bouchard, n'a pas fermement condamné Parizeau pour son incitation à la violence contre les minorités. L'horreur. Seul quelqu'un de fraîchement émoulu à la chose politique pourrait interpréter les aboiements de Parizeau comme une tentative d'analyse et non pas comme une flagrante manifestation de racisme. Il a proféré des menaces physiques contre les minorités qui vivent ici. Je vous prie de ne pas l'oublier. Bouchard se prétend antiraciste mais en réalité, il est profondément raciste. Il a lancé que les gens de race blanche ne faisaient pas suffisamment d'enfants. Et il a cherché à duper les anglophones avec son discours prononcé au Centaur.

6 Philippe Paré a dit que les non francophones ne devraient pas exercer leur droit de vote et devrait laisser aux francophones de race blanche le soin de régler la question.

7 Et Bernard Landry? Bien sûr, vous connaissez le raffinement du personnage, aussi, je vous épargnerai les détails. Demandez plutôt à n'importe quelle employée d'hôtel « mexicaine » d'éclairer votre lanterne. Ainsi donc, je voterai « non » avec un plaisir rancunier lors du troisième référendum. Et je voterai pour les libéraux provinciaux non parce que je les admire mais parce qu'ils sont un tantinet moins racistes, un tantinet moins provincialistes que l'agrégat PQ-BQ.

COMPARAISONS AVEC L'EUROPE

Est-ce que les propos qui précèdent, émis par nos provincialistes, diffèrent à ce point des bavures angéliques d'Enoch Powell? Ce dernier a dit des immigrants : « Si je regarde droit devant moi, un pressentiment néfaste m'envahit. Comme les Romains, je crois apercevoir le Tibre écumant de sang » (Discours prononcé à la rencontre annuelle du West Midlands Area Conservatire Political Centre, à Birmingham, le 20 avril 1968). Et le commentaire de Mme Thatcher décrivant une Angleterre « embourbée dans les cultures étrangères » (fin des années 1970). Mme Thatcher et Enoch Powell sont perçus comme les phares de notre époque sur les questions de race et d'identité. Ils ont établi les critères universels de référence en matière de rectitude politique. Vous connaissez déjà suffisamment bien les opinions de Jean Marie Le Pen sur les questions d'identité de sorte que je ne m'y attarderai pas. Il y a cependant un « point de détail » que j'aimerais mentionner.

Puisque nous faisons dans la « science politique », ou dans « l'analyse politique », j'aimerais poser une question qui sied à ces mécaniques : quelle est la différence entre les commentaires de nos provincialistes et ceux de ces Anglais modèles? Disons, il est vrai, que les Anglais sont davantage portés sur l'allégorie et qu'ils sont sensiblement plus doués pour la poésie, mais somme toute assez peu dans le cas qui nous occupe.

Les énoncés de nos provincialistes font d'eux des quasi-émules des membres du Front National de Jean Marie Le Pen. Pourquoi donc adopter une pareille attitude de tolérance envers le PQ-BQ? Et pourquoi embrasser leur rêve bidon?

Dr Hentsch, vous parlez dans votre article de rêves et de cauchemars. J'avais le sentiment d'être allongé sur le divan du psy en lisant votre article. Est-ce que toute cette activité onirique a un lien quelconque avec vos racines européennes? Dites-moi, je vous prie, est-ce que le Cercle de Vienne peut aider nos provincialistes? Peut-il m'aider, moi? Le provincialisme québécois correspond de fait au nationalisme ethnique européen qui émerge en Amérique du Nord. (1)

Voilà pour ce qui est de vos omissions. Quant au contenu de votre article, je pense que la passion qui vous animait jadis pour la casus belli « provincialiste » s'est essouflée. Difficile de s'engager très longtemps auprès de perdants? Vous nous offrez une analyse qui a les allures d'un navire fantôme envoyant des SOS que ne capte aucun écran radar. Trois points, trois traits, trois points, trois traits...

Les autochtones n'ont donc aucune place dans votre vision des choses? J'aimerais bien savoir pourquoi? Pourquoi sont-ils nulle part dans votre "Ad référendum"?

Et bien sûr, il me faut poser la question : pourquoi quelque quatre cents ans de présence anglophone et francophone dans le Nouveau Monde débouchent-ils sur cette idée de possession? Pourquoi ces quatre cents ans ont-ils produit le chauvinisme BQ-PQ? Quiconque est issu d'une culture plus ancienne, plus « nationaliste », sait que quatre cents ans, c'est « lundi dernier » : c'est de l'histoire terriblement récente. Le Mohen-Jo Daro a au moins 3 500 ans.

Vous utilisez le terme « québécois » (l'expression « identité collective ») dans votre article comme si ces mots ne soulevaient aucun problème. Ces mots soulèvent des tas de problèmes. De qui parlez-vous exactement? Des « pure laine »? Dans ce cas, qui sont-ils, au fait? Est-ce que les paramètres culturels « québécois » englobent les minorités visibles qui ne sont pas sympathiques aux élucubrations des provincialistes du BQ-PQ? Est-ce que ces termes englobent les nouveaux arrivants?

Je ne suis pas Québécois.
Je ne le serai jamais.

Je suis arrivé à Toronto le 2 mars 1966 par le vol Air Canada 857. Je vis au Québec depuis 1979 mais je ne suis pas Québécois. Je ne le serai jamais. Je refuse le provincialisme. J'ai abandonné cette façon de penser au Mohen-jo Daro, ou à Lahore, ou là d'où je viens, peu importe où cela se trouve. Beaucoup de gens éprouvent la même chose que moi. Que cela vous plaise ou non, je suis un Canadien avec une nationalité double qui me lie à mes maîtres colonialistes britanniques. Les nouveaux « nationalistes » de race blanche doivent composer avec ce type de sentiments qui sont partout. Je n'ai pas envie de détenir encore un autre passeport, merci beaucoup. Beaucoup de francophones blancs ne désirent pas non plus être dépouillés de leur nationalité.

NATIONALITÉ

Le BQ-PQ désire m'enlever ma citoyenneté canadienne. Vous trouverez la question qui suit profondément stupide mais je dois la poser parce que cette question hante plusieurs personnes des « minorités visibles » au Québec : quelles garanties offre-t-on aux représentants de ces minorités visibles trouble-fête qu'ils seront traités comme « d'authentiques » ex- Canadiens après la libération? Est-il quelque part question d'une loi sur la nationalité dans les tiroirs du PQ-BQ? Et si tel est le cas, quel en est le modèle? Le British Nationality Act de 1948? Ou encore une jolie loi française sur la nationalité? Ou aurons-nous droit à une législation maison façon PQ? Le PQ et le BP sont tenus de répondre à ces questions de façon concrète.

Je crains que les personnes qui, comme moi, ont ouvertement critiqué le PQ et le BQ pendant la montée du mouvement de libération, et qui ont l'intention de récidiver à l'occasion du troisième référendum ne se voient privées de leur nationalité « canadienne ». Qui peut dire que le PQ-BQ ne tentera pas d'expulser certains d'entre nous après la libération? Je m'appuie pour affirmer ce qui précède sur le constat d'intolérance qui atteint un niveau faramineux au sein de la superstructure PQ-BQ. Thierry, dites-moi que j'exagère, que ce n'est pas vrai, dites-moi que c'est une fabrication de ma part, parce que je suis fédéraliste...

... Mais, Thierry, vos paroles ne parviendront pas à me rassurer. Les provincialistes pourraient chercher à me renvoyer de force en Ontario ou pire, ils pourraient envisager ma déportation au Pakistan nationaliste. Ces craintes n'ont rien de farfelu. Ces craintes sont bien réelles pour la horde d'immigrants à la peau foncée qui vivent parmi les « Québécois » de race blanche et pure. Tout ceci peut sembler alarmiste mais il n'en est rien. L'Édit de 1492 est pratiquement déjà en place. Comment pourrais-je penser autrement, dites-moi? Pourquoi ferme-t-on des hôpitaux et des écoles qui desservent la population anglophone? Tout cela ne serait que délire paranoïaque du journal The Gazette peut-être? Pourquoi me dites-vous que je devrais retourner vivre en Ontario? Je serai toujours votre « voisin de palier », toujours. Je resterai jusqu'à ce que la maison s'écroule.

J'ai déjà la nationalité canadienne et la nationalité britannique. Devrais-je renoncer à ma nationalité canadienne à cause d'une bande de séparatistes, d'un «peuple» au sein du Canada qui veut un État-nation séparé, avec ses lignes aériennes Bongo et quelques ambassades utilisant des télécopieurs et le courrier électronique. Pour quelle raison devrais-je faire preuve de générosité alors que je suis soumis depuis dix-sept ans au racisme à l'anglaise de la part de francophones de race blanche? Je n'ai pas l'intention de témoigner la moindre indulgence à l'égard de l'identité québécoise en votant « oui » lors du troisième référendum. Je me moque éperdument de la question identitaire tout comme Powell, Thatcher et Bouchard.

Qu'est-ce donc qui vous empêche de voir l'amalgame PQ-BQ en tant que force impérialiste émergente? Ces gens-là écraseront les autochtones s'ils obtiennent leur petit État-nation grotesque et ils censureront toute dissension locale. (Le Québec deviendra le Chili du nord). Il suffit de constater le niveau de censure dans « leur » journal. C'est avec beaucoup de réticence que Le Devoir publie des opinions contraires à ses vues et je n'y vois que très rarement certains articles écrits par des représentants de minorités. Pour ceux d'entre vous qui croyez que Le Devoir soutient des idéaux grandioses, je vous renvoie à la série d'articles sur les réfugiés parus les 27, 28 et 29 mai 1996. Une coalition formée de groupes de soutien au réfugiés a condamné ces articles pour leur xénophobie et a porté plainte contre Le Devoir devant le Conseil québécois de la presse afin de donner au quotidien une leçon de rectitude politique. André Boisclair, ex-ministre de l'Immigration du Québec et grand ami des minorités désirait « réformer » différents programmes pour les réfugiés. (Hour, le 27 juin 1996, page 8). Son intention était d'éliminer le financement destiné aux programmes pour venir en aide aux personnes ayant fui des régimes fascistes. Le Devoir de Lionel Groulx n'a pas changé, après toutes ces années. Reconnaissez cet abominable fait. Cessez-donc de jouer les autruches. Nommez-moi un seul membre du PQ-BQ qui a le courage de proposer que le nom de la station de métro Lionel-Groulx soit changé?

Comme vous le savez, beaucoup d'entre nous sommes arrivés au Canada en provenance de pays où nous avons beaucoup souffert à cause du nationalisme exprimé sous une forme ou sous une autre. Certaines familles ont été écartelées par un tracé sur une carte. Par exemple, les Indes britanniques ont été l'objet d'une vivisection de nature ethnico-religieuse: la partition a eu lieu de 14 août 1947, à 23h59. Il est donc parfaitement inutile de vouloir nous persuader que le programme mis de l'avant par la horde de « nationalistes » technocrates et sans éducation possède quelque vertu.

Donnez-moi un seul exemple de nationaliste PQ-BQ qui soit aussi savant et aussi brillamment ambigu que l'Iranien Ali Shari'ati ou qui a le talent poétique de l'Indien Mohammed Iqbal? Gérald Godin, Camille Laurin, René Lévesque? Le rêve n'en finit pas de durer.

Quelle allure prendrait donc un régime francophone « nationaliste » mitigé? Serait-il plus progressiste que celui que nous avons en ce moment? Non. Le but du projet provincialiste est-il de rassurer les Québécois francophones sur leur propre compte? Non. Est-ce qu'un État-nation nationaliste donnera aux francophones de race blanche une identité? Non. Alors, à quoi sert tout cela?

Je ne tenterai pas, ni des centaines d'autres comme moi, d'échapper cette fois à la menace nationaliste. Nous avons quitté le Pakistan. Nous avons quitté le Timor oriental. Nous avons quitté l'Angleterre. La souffrance et l'humiliation qu'ont endurées de nombreux réfugiés, de nombreux « immigrants » sous la tutelle de régimes nationalistes classiques et britanniques n'ont rien en commun avec votre expérience personnelle de sorte que je ne m'attends pas du tout à ce que vous partagiez mon point de vue.

Je comprendrai si vous-même et vos amis ont envie d'entrer dans la danse provincialiste une dernière fois. Je ne me sens pas concerné par cette « identité collective ». Et, de grâce, ne banalisez pas le calvaire que m'ont fait endurer les Québécois francophones. Je ne tendrai pas l'autre joue. On ne peut pas ignorer que la horde (c'est bien de cette façon que Le Devoir considère l'ensemble des réfugiés) des Québécois francophones ne comprenaient même pas le sens nébuleux de la question référendaire. Si la question avait été celle-ci : "Désirez-vous que le Québec se sépare du Canada pour établir la nation québécoise, oui ou non? Si la population vote oui en majorité le premier novembre, nous déclarerons l'indépendance du Québec." Les chances de voir surgir La naissance d'une nation n'auraient pas égalé les chances de survie d'un spermatozoïde dans un calice rempli de vin. « Le peuple » ne désire pas la séparation : il a déjà dit « non » à deux occasions. Il n'y a qu'une poignée de « provincialistes » foncièrement réfractaires au socialisme qui désirent la séparation. Le cinquante pour cent plus un n'existe tout simplement pas.

Je ne crois pas un seul instant que le commentaire fielleux de Parizeau ait exaspéré de nombreux Québécois. À la télé, vous les avez vus applaudir. Admettez-le. Ne jouez pas les autruches. De nombreux Québécois francophones ont grandement apprécié le chauvinisme à la Groulx. Josée Legault, la « politologue » a même soutenu l'attitude de Parizeau.

Et sur la question du fédéralisme renouvelé : je ne suis pas persuadé que les provinces sont plus progressistes que le fédéral. Oui, le gouvernement fédéral a du chemin à faire mais est-il aussi rétrograde que les provinces? Ralph Klein ne vaut pas mieux qu'Ottawa. Mike Harris ne vaut pas mieux qu'Ottawa. Lucien Bouchard non plus.

LA GUERRE CIVILE, DE THIERRY HENTSCH, CIRCA, 1999

La guerre civile que vous apercevez dans votre boule de cristal n'a aucun sens, à mon avis. Il faut deux armées culturellement distinctes et extrêmement polarisées pour qu'il y ait une guerre, même une petite guerre civile plutôt inoffensive comme celle que vous prévoyez. Qui donc se battra dans cette guerre? Je serais étonné de voir les Québécois membres de l'armée canadienne faire défection pour joindre les rangs des combattants québécois. Qui donc, mis à part un Gilles Rhéaume assoiffé de sang, est disposé à se battre avec des arcs et des flèches? Selon ce que je sais de la tactique militaire, une armée québécoise ne tiendrait pas le coup plus de quarante-huit heures ou même moins. Et bien entendu, en parlant d'absurdités, les Yankees se rangeraient automatiquement du côté des Canadiens. Ne l'oubliez pas. Quelques frappes chirurgicales et le PQ-BQ se retrouverait au purgatoire.

LE SIÈGE IMAGINAIRE DE MONTRÉAL PAR UNE ARMÉE QUÉBÉCOISE

Les « politologues » ne doivent pas oublier les lois générales d'un état de siège mené rondement : les chances de parvenir à imposer un état de siège n'existent que si le rapport entre le nombre des assiégés et celui des assiégeants est de trois pour un en faveur de ces derniers. La preuve en a été faite à Jelalabad, Afghanistan (1989) et de façon encore plus éclatante à Dien Bien Phu. Le 7 mai 1954, lors de l'une des batailles les mieux planifiées de l'histoire, le général Vo Nguyen Giap et ses 60 000 combattants ont défait l'armée française qui comptait 16 000 hommes, entraînant la chute de l'impérialisme français. (Soit dit en passant, si le général Giap vivait au Québec, on dirait de lui qu'il est un « ethnique »). Tout le monde, y compris les intellectuels et les historiens français, reconnaissent sans problème (demandez à Paul Virilio?) que le général Giap excellait dans la guérilla contre l'impérialisme. Pouvez-vous me dire qui, au Québec, pourrait lui être comparé? Sergent Paul Rose? Capitaine Bernard Landry? Feld-maréchal Monique Simard? Le commandant du front nord Josée Legault? Il vous faudra un jeune stratège drôlement visionnaire pour mettre l'armée canadienne en déroute. Montréal a voté « non » dans son ensemble lors du dernier référendum et se rangerait en majorité du côté de l'armée canadienne.

La frontière nord du Québec tomberait en quelques secondes : quelques raids aériens, quelques dommages collatéraux et voilà le travail. Peut-être bien verrons-nous, avec un peu de chance, une rébellion à l'irlandaise ou un bain de sang de betteraves télévisuel si le « oui » l'emporte par une faible marge au troisième référendum. Mais une guerre civile? Non mais vraiment, Thierry, vous plaisantez? Et qu'en est-il du rapport de force (3 pour 1) dont j'ai parlé plus tôt?

I HAVE HAD A DREAM

Comme certains lecteurs de Conjonctures le savent peut-être déjà, j'ai interviewé Thierry à deux occasions pendant le tournage d'un documentaire en trois parties, portant sur l'Orient tel que perçu par l'Occident. Je remercie Thierry d'avoir été présent tout au long du Raft of the Medusa : Five voices on colonies, nations and histories (1993). Sa vision de l'Orient est à mon avis l'une des plus pénétrantes qui soient. [Je vous renvoie à ma critique de son ouvrage L'Orient imaginaire (Black Rose Books) parue dans The Gazette le 16 janvier 1993].

Pour la deuxième partie de mon documentaire, Into the European Mirror (1994), Thierry et moi-même sommes allés à l'Alhambra, la dernière forteresse érigée par la civilisation islamique à Grenade. Ce fut un très grand plaisir de l'interviewer; il parlait d'abondance et avec passion. Nous avons examiné la question de l'expulsion des Musulmans et des Juifs d'Espagne en 1492 et le niveau de résistance déployé; la nature politique et culturelle de la reconquête; et la possibilité d'établir une comparaison entre l'expulsion des Musulmans et des Juifs à l'époque, avec celle, de nos jours des Palestiniens.

Vous avez exprimé dans un brillant exposé qui témoignait d'une maîtrise certaine de l'histoire ce que signifiait pour vous le rapport entre architecture et politique, les stigmates dans le pierre; vous m'avez montré comment les catholiques ont tout mis en oeuvre pour extirper de l'Espagne l'héritage islamique et le remplacer par leur intolérance. Vous avez fait le lien entre le tourisme et l'histoire.

Je vois le brouillard sur la mer sombre et grosse de mauvais présages. Nous sommes en 1492, tôt le matin, vous et moi, en Espagne. J'utilise encore le magnétoscope Sony pour enregistrer les événements. Nous sommes amis. Vous m'avez accompagné sur la côte dans le sud de l'Espagne. Pourquoi suis-je songeur? Journée torride. Ciel indigo. Les mouettes criaillent des au revoir aux Juifs et aux Arabes. Quelqu'un dans la foule me demande à quoi sert un magnétoscope. « C'est un objet qui peut dire la vérité si on le pointe dans la bonne direction, » dis-je. Je vais bientôt partir pour l'Afrique du Nord. Mon coeur bat mélodramatiquement. Un bateau jaune clair avec un oeil en amande de couleur violette peint sur son flanc hoquette sur les vagues du petit port. Le bateau est plein à craquer. Mais il ne coulera pas. Je demande : Êtes-vous venus me dire au revoir ou me demander de rester? » Mais vous vous taisez. Vous vous tournez, la mine lugubre, vers le nord, en direction du pays de Ferdinand II et Isabelle I.

Affectueusement,

Julian

Julian J. Samuel a vécu en Ontario depuis 1966, puis au Québec à partir de 1979. D'après lui le PQ-BQ le considère toujours comme un « immigrant ». La version française de son roman "Passage to Lahore" vient de paraître aux éditions Balzac sous le titre "De Lahore à Montréal".

(1) Laissez-moi résumer la question en m'aidant d'une formule simple. De cette façon, moins de gens pourront prétendre n'avoir rien compris.

BQ = les tendances nationalistes (représentées par les lettres NT); par conséquent : PQ = NT. Mais aussi : BQ = PQ, si et seulement si BQ = NT et PQ = NT

En réalité, Enoch Powell (EP) = NT Également, Margaret Thatcher, (MT) = NT, donc, il en découle le corollaire suivant :

BQ = MT; PQ = EP; et MT = PQ; et EP = BQ

Parce que BQ, PQ, EP MT égalent tous NT

et BQ x PQ x EP x MT égale NT 4

C.Q.F.D. : le PQ et le BQ sont d'incurables racistes. J'espère que ce qui précède clarifie l'extraordinaire confusion qui découle d'ordinaire de semblables discussions.

fin

I have had personal contact with the following Quebec cultural institutions:

1) 24 Images
2) Conseil des arts et des lettres du Québec
3) Hour
4) Ici
5) La Fondation Daniel Langlois Pour l'art, la science et la technologie
6) Le Devoir
7) Le printemps du Québec en France
8) Lettres Québécoises
9) Montreal Mirror
10) Musée d'art contemporain de Montréal
11) Musée du Québec
12) Parachute contemporary art
14) Radio Canada
15) SODEC
16) Voir

I can assure you that in the main, these institutions do not have any visible minorities in decision-making positions.