![]() |
A Sun of a bitch...LeDroit 11 décembre 1998 Quand la Caisse de dépôt et de placement du Québec a vendu Provigo à Loblaw, l'Union des producteurs agricoles est sagement retournée à ses cochons. Mais les fils Péladeau veulent-ils acheter les tabloïds de Sun Media, Bay street se roule dans la soue. Il vaut mieux sentir la moulée que le purin! «Les séparatistes ne devraient pas posséder des journaux», de vociférer Diane Francis en apprenant que Quebecor était prêt à allonger 983 millions $ pour une brochette de 12 quotidiens et une centaine d'hebdomadaires, dont les Sun de Toronto et d'Ottawa. Pour vous situer, ces tabloïds publient encore des photos de pitounes en bikini à la page 3. Et quand ils ont une nouvelle importante à célébrer, ils déménagent la pin-up en première page. Hier, pour souligner l'arrivée des «séparatistes» à Bay Street, la mignonne en béret avait plus de tissu sur la tête que sur tout le reste de son corps. Et la manchette annonçait: «French kiss»! C'est d'une subtilité qui aurait pu révolter une femme sérieuse comme la patronne du Financial Post. Mais non! La «poubelle» du journalisme, ce sont les Journal de Montréal et de Québec. Même si les quotidiens du Québec ont abandonné depuis longtemps l'étalage de la viande fraîche - ils préfèrent maintenant les bedaines tatouées des motards! - Diane Francis prétend que leurs lecteurs «se trémoussent les fesses» en les parcourant. Autrement dit, les pervers c'est nous... À Toronto c'est moins grave: les lecteurs du Sun ne sont que des ânes «qui bougent les lèvres en lisant le journal...» Avec les métaphores qu'elle utilise, j'ai l'impression que cette madame Francis est une refoulée! Mais si vous l'aviez fréquentée de près, vous comprendriez que le «Fench kiss», ce n'est pas vraiment son genre. La madame est donc révoltée que des séparatistes osent mettre la main sur des journaux du Canada anglais. Pourtant, on me dit que Pierre-Karl n'est pas très porté sur la chose. D'ailleurs, qu'a-t-il dit en concluant son offre d'achat? «C'est un grand jour pour le Canada»! Il y a effectivement de quoi pousser une crise d'urticaire. Il faudrait aussi expliquer aux chroniqueurs du Financial Post que papa Péladeau, pendant la campagne référendaire d'octobre 1995, a refusé de prendre position, au grand dam de Jacques Parizeau. D'ailleurs, n'étant pas à une contradiction près, Diane Francis reproche à ces mêmes journaux «séparatistes» du Québec de ne pas avoir de pages d'opinion ni de chroniqueurs qui «frappent fort». Ce n'est pas très gentil pour les Franco et autres Michel C. de ce monde! À propos de mon collègue Auger justement, il se trouve qu'il est aussi président de la Fédération des journalistes du Québec. L'éditeur de Maclean Hunter Québec, Jean Paré, pense que la FPJQ devrait porter plainte au Conseil de presse de l'Ontario pour les propos qui se tiennent dans certains journaux de Toronto sur les médias du Québec. C'est un fait qu'on y commet de plus en plus souvent des excès que ne permettraient pas, de leurs propres journa|listes, les propriétaires de journaux... fédéralistes du Québec. On ne s'en plaint pas d'ailleurs: il y a quelque chose de dégradant à se baisser au niveau de Diane Francis pour reprendre ses propos. Le même Jean Paré affirme que «Quebecor ne se grandit pas, au contraire, en achetant Sun Media». Et il ne s'enrichira peut-être même pas non plus. Papa Péladeau a bâti sa fortune autant en achetant des bonnes affaires qu'en refusant d'en acheter d'autres qu'il jugeait trop chères. Hier, il ne manquait pas d'experts financiers sur la rue Saint Jacques pour affirmer que, tout compte fait, les «séparatistes» ne sont pas si bons que ça en affaires: «ils ont vendu Provigo trop vite et acheté les Sun trop cher!» disaient ces impertinents fédéralistes.
Pour en finir avec cette question des médias du Québec, le documentaire de Radio-Canada sur Les secrets de la campagne m'a mis très mal à l'aise. Pendant plusieurs jours, des journalistes ont caché les confidences de Jean-Roch Boivin et de Jean-François Lisée qui contredisaient le discours public de leur patron, Lucien Bouchard. Les grandes envolées sur la défense des intérêts du Québec ne relevaient donc que de l'opportunisme électoral: les Québécois n'avaient-ils pas le droit de savoir cela avant le 30 novembre? Les engagements de la télévision d'État envers les partis politiques ont permis de réaliser un bon documentaire, cela ne fait aucun doute. Mais ce faisant, des journalistes se sont faits les complices d'un odieux cynisme. Tout compte fait, je préfère les méthodes de TQS et des journalistes de La fin du monde est à sept heures. En faisant voter plusieurs fois la même personne et en ridiculisant ainsi la procédure électorale, ils ont davantage fait avancer la démocratie que le documentaire de Radio-Canada. Qui osera désormais s'opposer, comme le fit le Parti libéral du Québec avant la campagne, à la production obligatoire d'une pièce d'identité pour exercer son droit de vote?
Voilà un autre beau cas de réflexion pour les dirigeants de la Fédération professionnelle des
journalistes du Québec. Je veux bien défendre mon collègue Michel C. contre les attaques
injustes de Diane Francis, mais c'est vrai qu'en tant que président de la FPJQ, Auger
«frappe pas fort»...
![]() |