Le voleur qui crie "au voleur!"

Richard Gervais

"Avant-garde Québec"



Les propos de Julian J. Samuel valent à mes yeux ce que valent les salissures que Cité libre a l'habitude de colporter à chacune de ses livraisons. Il convient d'y jeter un coup d'oeil de temps en temps pour savoir à qui l'on a affaire. Mais, pour cela, pas besoin de se les faire servir par des revues comme Conjonctures. Il y a pour cela Cité libre (maintenant disponible y compris en anglais, pour les vrais fans), The Gazette, les grands quotidiens du rest of Canada, etc. La justification fournie par Conjonctures pour avoir traduit et publié la lettre de Samuel : "Il faut que le débat se fasse", est ridicule. Depuis quand faudrait-il prendre pour une contribution au débat ce qui n'est que provocation méprisante et aveuglement antiquébécois (même si tout a été merveilleusement traduit)? Que Samuel commence d'abord par s'informer sérieusement et intelligemment et, pour cela, qu'il se défasse de son parti-pris a priori contre le Québec et les Québécois, alors la discussion pourra avoir lieu. À quoi bon discuter avec quelqu'un qui crache?!

M. Samuel "refuse le provincialisme". C'est pourtant très précisément ce que refuse le Parti québécois et le Bloc québécois contre lesquels il vitupère. Et le provincialisme est très précisément aussi ce dans quoi le Canada veut enfermer le Québec. Alors le Samuel, il faudrait qu'il sache de quoi il parle. Il dit qu'il ne deviendra "jamais Québécois" parce qu'il refuse le "provincialisme". Faut-il comprendre qu'il le deviendra avec enthousiasme quand le Québec aura troqué son statut de "province" pour celui d'État indépendant?

Et puis, j'ai une question. Que vient faire l'origine multiple? Qu'est-ce que cet accoutrement multi-ethnique dans lequel il se pavane : "Pakistano-Britannico-Canadien"? Cela me fait penser une remarque de Richard Dubois, dans son pamphlet Intellectuel : une identité incertaine (Fides, 1998, p. 53) :

"Le (c)hic du chic : l'origine unique en train d'être déclarée honteuse, les vrais nouveaux modernes étant les petits futés qui vont se dénicher des ancêtres de sangs mêlés et de religions entrecroisées."
J'ai des petites nouvelles pour Samuel. Je suis moi-même en personne d'ascendance québécoise-canadienne-française, amérindienne, normande et anglaise, sans parler des influx colatéraux. Alors, lequel des deux fait plus... chic? Non mais sérieusement, le racisme ou l'ethnicisme, il est de quel bord pensez-vous?

Richard Gervais
19 avril 1999